DISCOURS RUE D'OSLO

Mon général,
Monsieur le Maire,
Mesdames et messieurs les élus,
Messieurs les officiers, Sous officiers, Gradés et Sapeurs
De la brigade des Sapeurs Pompiers de Paris,
Mesdames et Messieurs ;


Chaque jour de notre vocation à servir les autres apporte une pierre à l’édifice du devoir de mémoire par la lecture de la liste des sapeurs pompiers de Paris morts au feu.
Gravés sur les frontispices, ces noms soulignent la conduite exemplaire de nos anciens qui ont mérité l’admiration de nos concitoyens et qui doivent continuer à éclairer le chemin tracé au service des autres.
Cette liste malheureusement non exhaustive témoigne de la reconnaissance justifiée du corps de sapeurs pompiers de Paris qui veut ainsi permettre aux générations futures de se souvenir d’hommes exemplaires.

Le 17 mai 1958, le Caporal chef SOULIGNAC, le Caporal lécuyot et le sapeur HUSSON sont morts au feu, victimes d’une explosion et ensevelis sous les décombres de l’immeuble du 14 Rue d’Oslo, face à vous, messieurs les Sapeurs Pompiers de Paris.

Cet évènement tragique qui coïncidait avec la naissance de la fédération Nationale des Amicales d’Anciens Sapeurs Pompiers de Paris qui tenait son 1° congrès régimentaire au moment du drame, faisait de ces trois pompiers de la Caserne Montmartre des témoins de l’idéal.

Rejoignant ce jour là la liste des soldats du feu ayant été jusqu’au sacrifice de leur vie, ils devinrent la parcelle vivante de ce flambeau qui se consume dans chaque Sapeur Pompier de Paris et qui illumine le sens de nos actions.

Le départ prématuré de ces hommes qui aimaient la vie et les autres par-dessus tout fut douloureusement ressenti parmi toute la communauté des sapeurs-pompiers de Paris.

Cinquante ans ont passé et pourtant il n’est pas trop tard pour que l’émotion s’épanche en leur rendant aujourd’hui cet hommage émouvant.

A travers cette perpétuelle exigence et cette force de fierté d’appartenir à notre prestigieuse unité faite d’engagements au service des autres, le miroir de l’histoire nous renvoie au même drame cinquante ans après, avec l’explosion de la rue Riquet dans le 18 ° arrondissement, le 17 novembre dernier où périssent deux des nôtres à l’aurore de leur vie, le Sergent Mathieu MERCIER, et le Caporal Chef Ludovic MARTIN à qui nous pensons également et aussi fort ce soir.

Le pari de notre devise : « Une vie contre une autre vie », renforce notre esprit de solidarité et conforte nos valeurs, sans lesquelles le sacrifice suprême n’aurait aucun sens.

Le don de soi n’est pas un vain mot... La mort les a choisis...

En nous retrouvant aujourd’hui autour de notre Général aux côtés des familles de nos trois anciens et de quelques uns de leurs camarades de passion pour dévoiler cette plaque commémorant leur souvenir glorieux, nous voudrions vous faire comprendre qu’ils doivent être pour nous tous des exemples.

Chacun de vous, ici présent, doit profiter de ces moments de solennité et de recueillement pour réfléchir au sens profond de son engagement et s’imprégner des valeurs qui nous ont amené à partager cet instant solennel dédié à la mémoire de nos trois anciens .


Caporal Chef SOULIGNAC, Caporal LECUYOT,
Sapeur HUSSON.

Il n’est jamais trop tard…

Pendant combien d’années, pendant combien de vies,
Faudra t’il rappeler ce que fut votre histoire ?
Les sources du passé ne sont jamais taries,
Quand elles ressurgissent du fond de la mémoire.

C’est au coeur du printemps, il y a cinquante ans,
Que vous avez franchi la porte de l’absence,
De ce corps prestigieux dont vous étiez enfants.
En donnant votre vie, vous portiez l’espérance.

Le temps n’efface rien du souvenir profond,
Mais au contraire, il donne un relief à la vie,
Ceux qui restent, l’animent de ces instants féconds,
Qui ont nom amitié, partage et nostalgie.

Offrir sa jeunesse pour que vive l’espoir,
Le faire avec raison, courage et dévouement,
Font des Sapeurs Pompiers des hommes de devoir,
Servant notre métier, toujours passionnément.

Vous étiez de ceux–là, vivant au quotidien
Cette envie de donner, de partager, d’offrir,
Acteurs du devenir, vous serviez de témoins,
En cherchant à sauver, vous risquiez de périr.

Comme tant d’autres avant vous, vous braviez le danger
Ignorant la fatigue qui n’est que mensongère
Déclenchant l’étincelle qui savait apaiser
Cette émotion soudaine qui n’est que passagère.

Allant de vie en vie, chaque jour, sans relâche
Vous étiez cet esprit qui forge nos valeurs
Chaque Sapeur Pompier se doit d’être à sa tâche
L’action guide les hommes à travers le malheur.

Celui-ci nous apprend la richesse du coeur,
L’altruisme, l’action, la volonté sans faille,
Ce besoin de chercher sans cesse le bonheur,
Des gens que nous aimons du fond de nos entrailles.

Vous étiez ces veilleurs du flambeau de l’espoir
Cette main que l’on tend à travers un sourire,
Ces mots qu’on ne sait pas, mais qu’un simple regard,
Suffit à remplacer quand on ne peut les dire.

Et vous êtes tombés, en plein cœur du brûlot,
Happés par l’explosion, fauchés comme un épi,
Dix sept mai cinquante huit, quatorze rue d’Oslo,
Le temps s’est arrêté, vous n’aviez pas choisi…

Nous, nous n’oublions pas, témoins de votre histoire,
Nous sommes les gardiens de votre souvenir,
Riches de votre exemple, nous restons la mémoire
De votre action passée qui ne doit pas ternir.

Car, croire que l’on peut tout, à partir de rien,
Ne jamais s’arrêter d’apprendre, chaque jour,
Trouver sa destinée et s’accomplir enfin,
Pour accomplir ses rêves par la force d’amour.

Oser se regarder dans le miroir des autres,
Pour leur faire comprendre qu’il n’est jamais trop tard,
Savoir que quelqu’un, étranger, ou des nôtres
Peut nous accompagner au moment du départ.

Ecouter sans parler, dans la nuit de l’attente,
La terre frémir en nous de tendresse infinie,
Penser à partager ce bonheur qu’elle enfante,
La lumière qu’elle apporte est la source de vie

Contempler, recueillis, la vie et le bonheur,
Avec le rythme lent des saisons qui s’achèvent,
Savoir que tout naît, grandit, décline et meurt,
Que l’homme est devenir, s’il sait construire ses rêves
Rechercher le bien être, l’amour, la joie, la paix,
Ce chemin incroyable qui partout nous conduit,
A préférer le vrai à tout autre forfait,
N’était ce pas pour vous l’essentiel de la vie ?

Cette ardeur est le lien qui sert à nous construire,
Dans cette vocation où l’homme, même incertain
Trouve le temps d’attendre , d’espérer et de vivre,
Dans le regard des gens, le signe du destin.

Ce n’est qu’en écoutant, pas à pas pour comprendre
Par la persévérance, l’envie et l’habitude
Que nous serons témoins de ce qu’il faut apprendre
Pour acquérir l’aisance et la vraie plénitude.

Notre amour pour les autres, c’est donner sans reprendre
Un serment que l’on tient, enfoui au fond du cœur,
C’est cette invitation à oser entreprendre
Pour rêver l’impossible et forcer le bonheur.

Ecoutez donc le notre que nous portons vers vous,
D’être parmi les hommes, ces héros d’aujourd’hui
L’humanité n’est rien sans des gens comme vous,
Qui ont donné leur vie pour que vive Paris.

LECUYOT ,SOULIGNAC, HUSSON et tous les autres…
Il n’est jamais trop tard et nous n’oublions pas…

Colonel (ER) Christian LE BOT
Président de la Fédération Nationale des Associations
de Sapeurs Pompiers de Paris